Norbert Turco, Directeur du Board 2000-2002 



La Lutte contre l'Illettrisme

 

Pourquoi les Rotariens doivent prendre et faire prendre conscience.

Comment ils peuvent agir !

Le document suivant a été réalisé par la commission d'Intérêt Public du District 1770 France, présidé par le past-président du Club des Lilas Porte de Paris, Pierre GERAUDIE.

Norbert TURCO était l'an dernier membre de cette commission et coordinateur pour la zone 11 de la Task Force "Litteracy and Numerancy".

" Une participation active à la société repose sur la capacité à savoir lire, écrire et compter. " 
Glen W. Kinross, Président 1997/1998 du Rotary International

 

 

Définition de l’Illettrisme

Etat des personnes qui, bien qu’ayant appris à lire et à écrire, ont perdu (ou n’ont jamais acquis complètement) la pratique de ces techniques de communication pour faire face aux besoins de la vie courante dans le domaine professionnel, familial ou social.

On peut dire aussi : incapacité à donner un sens à des phrases constituées de mots simples.

Les efforts mis en œuvre en faveur des enfants de CE1 et CE2 consisteront à leur éviter de devenir des illettrés.

 

Un problème important en France

  • Un grand nombre de personnes touchées

Selon certaines estimations, le pourcentage d’illettrés serait de 12% d’une classe d’âge ; selon d’autres sources, 150 000 enfants se trouveraient chaque année en difficulté de lecture et d’écriture. Quelle qu’en soit la mesure, il s’agit d’un problème de grande ampleur.

  • De lourdes conséquences

Les emplois, aujourd’hui de plus en plus qualifiés, requièrent presque toute la maîtrise de la lecture et de l’écriture ; dans la vie de tous les jours, la moindre démarche administrative impose le recourt à l’écrit.

S’il n’y est pas remédié, la situation actuelle conduira à la création de distinctions sociales fondées non plus sur la richesse, mais sur le savoir : celui nécessaire à l’utilisation des outils de communication et d’acquisition des outils de communication et d’acquisition d’informations et de connaissances (des livres à l’Internet), et celui utilisé dans la plupart des métiers (des documents techniques ou administratifs aux machines à commande numérique). L’existence de ce " fossé " est déjà perceptible aujourd’hui.

 

Les possibilités d’actions des Rotariens

L’ambition de ce livret n’est pas réaliser une étude exhaustive, mais de présenter de façon synthétique, à l’intention des clubs désireux d’agir, quelques-unes des expériences (connues de nous) menées ou patronnées avec succès par des Rotariens.

 

L’aide active à la lecture de jeunes enfants

1- La méthode René Parisse

L’origine des actions qui peuvent être rassemblées sous ce titre est ce que l’on peut appeler la " méthode René Parisse ", du nom du past gouverneur du District 1640. Cet inspecteur honoraire de l’Education Nationale est l’auteur du livret qui a inspiré les initiatives (relatées ci-après) des amis de notre District.

Voici quelques extraits significatifs de ce livret intitulé Vous pouvez aider un enfant qui apprend difficilement à lire, dont le district enverra un exemplaire à tout responsable de club (président ou président de commission) qui en fera la demande.

L’Enfant
Il s’agit d’une aide qui se pratique seul à seul avec l’enfant, en dehors du temps scolaire. Un courant réciproque doit donc s’établir entre l’enfant et vous qui n’êtes ni le maître, ni un parent, mais un allié qui lui veut du bien.

L’Enseignant(e)
Une telle action suppose obligatoirement un contact préalable avec l’enseignant, car il importe que celui-ci

    • adhère au principe de ce soutien
    • désigne l’enfant concerné
    • fournisse des indications pratiques : livret utilisé, progression envisagée, sons connus et acquisitions globales éventuelles, souhaits, indications sur le cas de l’enfant, etc.
    • soit revu périodiquement et régulièrement.

La Famille
Le même accord confiant est souhaitable avec la famille.
Ainsi seront définies d’un commun accord les modalités, notamment les lieux et moments des séances de soutien.
Un cahier-témoin annoté à chaque séance servira de support, de " journal " et de liaison.
Une séance ne durera pas plus de 30 minutes, cette demi-heure étant elle-même subdivisée en exercices convergents mais divers. La nécessaire répétition peut engendrer la monotonie et donc l’ennui. Remède : la variété des procédés.
La pédagogie consiste en effet à répéter sous des formes si différentes que l’enfant ne soupçonne pas qu’on répète.

La Méthode
D’abord faire lire, en utilisant le livret en usage à l’école, en procédant de tronçon en tronçon. Ne pas lire d’abord : l’enfant doit déchiffrer.
Pratiquer des jeux avec le seul livret sur lequel on vient de lire.
Familiariser l’œil et l’oreille au " son " étudié.
Confectionner et utiliser des collections d’étiquettes mots, de lettres mobiles et des lotos de lecture.

Recommandations
Ne jamais critiquer, si peu que ce soit, ni le maître, ni ses méthodes, ni la famille.
Ne jamais devancer le travail effectué en classe.

2- Les expériences de Clubs de l'Oise (Chaumont-en-Vexin, Compiègne, Crépy-en-Valois)

Nos amis Jean BARREAU (Chaumont-en-Vexin, puis Compiègne) et Georges HAAS (Crépy-en-Valois) ont réalisé des actions inspirées de la méthode décrite ci-dessus qui se sont traduites par des résultats remarquables et se poursuivent avec succès. Ils se tiennent à la disposition des Clubs intéressés pour leur exposer plus en détail les principes et les résultats de ces actions.

Voici les étapes - et les principes - de " système Barreau " :

  • Prise de contact avec l'inspecteur d'académie pour avoir son accord et, si possible, son appui.
  • Démarrage sur un site restreint
  • Prise de contact avec le corps enseignant concerné (par la voie hiérarchique) : CP, CE1.
  • Explication de la démarche du Rotary (susceptibilité à apprivoiser)
  • Rencontre avec le Maire de la commune, qui pourra faciliter la recherche de " tuteurs ", disponibles et de bonne moralité, l'obtention d'un local hors école et de la couverture d'assurance.

Le rôle des Rotariens doit être de lancer et de diriger l'opération, d'assurer les liaisons tout au long de l'année et l'organisation de la fête de fin d'année - mais non d'assurer eux-mêmes le travail des tuteurs, qui exige disponibilité et assiduité.

  • Rencontre des instituteurs, en compagnie des tuteurs, peu avant les vacances de la Toussaint (les instituteurs sont alors en mesure d'identifier les élèves nécessitant une aide) ; présentations et exposé de la démarche rotarienne.
  • Répartition des enfants avec les tuteurs : chaque tuteur est en charge d'un enfant, et les tuteurs sont regroupés en équipes de deux ou trois pour assurer la souplesse dans le travail. Chacun se concerte avec l'enseignant.
  • Une répétition par semaine, jour et heure fixes, en accord avec les parents contactés par l'enseignant.
  • Une réunion technique de mise au point avant les vacances de Pâques.
  • Une petite fête de fin d'année scolaire au cours de laquelle une récompense (un petit livre) est remise à chaque élève, qui remet lui-même un petit cadeau à son tuteur, l'ensemble étant financé par le Club. La présence des autorités et de journalistes locaux à cette fête est souhaitable.

Les résultats de cette expérience sont très encourageants : à Clermont, dès la première année, la quasi-totalité des enfants aidés avait " rejoint le peloton ". Depuis cinq ans, chaque année, 30 à 35 enfants sont ainsi aidés ; à la demande du corps enseignant, l'opération est étendue aux CM1 et CM2. Elle est maintenant lancée à Compiègne.

Le " système Haas " est comparable : s'inspirant lui aussi de la méthode Parisse, il ne diffère du précédent que par l'implication directe de Rotariens et de leurs familles, ce qui limite le nombre d'élèves aidés mais devient davantage une action de l'ensemble du Club.

Dans les deux cas, l'action se situe en milieu rural ou quasi-rural.

 

L'ASSISTANCE A ADOLESCENTS OU ADULTES

Le Club peut aussi choisir d'aider des personnes sorties du milieu scolaire et illettrées au sens de la définition citée en préambule. Il s'agit d'une tâche très difficile, qui exige du temps, de la patience et un minimum de professionnalisme. En général, il est nécessaire de s'appuyer sur une organisation existante, déjà bien au fait de ces problèmes, et qui peut avoir besoin de l'aide d'un Rotary Club voisin (association spécialisée, mission locale d'insertion, etc.).

  1. La solution adoptée par le Club de Chelles
  2. André BOURROUX et Roger FREMOND, en charge pour le Club de cette action, agissent dans le cadre de la branche locale de l'association Renaissance et Culture, dont R. FREMOND vient d'être élu président.

    Leur cible est constituée de jeunes adultes sortis du parcours scolaire sans avoir les acquis suffisants et d'étrangers, lettrés ou non. Le recrutement des candidats se fait soit individuellement, soit par le biais des services municipaux.

    Les moniteurs sont des Rotariens, des membres de leur famille ou des personnes de connaissance. La méthode qu'ils utilisent, propre à l'association, a reçu l'approbation de l'UNESCO.

    Les cours ont lieu dans un local mis à la disposition par la Mairie ; ils sont individualisés (un ou deux élèves à la fois, si possible suivis par le même moniteur pendant plusieurs années).

    Les résultats sont encourageants malgré la grande difficulté de la tâche.

  3. Le projet du Club d'Evry-Corbeil (Joseph Nouvellon)

Il consiste en la création d'une " classe Rotary " destinée à former, sur deux ans, quinze personnes de tous âges en difficulté de lecture et d'écriture.

Cette formation serait confiée au GRETA, le rôle du club étant de recruter et d'accompagner ces personnes par une petite équipe de Rotariens (trois ou quatre) et de trouver le financement, évalué à 50 000 F pour les deux années. Il s'agit encore actuellement d'un projet.

 

L'OPERATION " COUP DE POUCE CLE "

Cette action devrait intéresser les clubs qui, tout en étant désireux d'agir contre l'illettrisme, ne peuvent trouver un nombre suffisant de membres susceptibles de s'y impliquer.

Destinataires et méthode

Cette action concerne les enfants de CP en difficulté sur le plan de la lecture. Elle repose sur un outil éprouvé et standardisé de prévention de l'illettrisme utilisable à grande échelle ; il s'agit d'une action d'accompagnement des enfants et de leur famille, conduite en relation avec les maîtres. Un contact écrit engage tous les acteurs. Le programme obéit à une " ingénierie de terrain " précise et reproductible ; le travail de terrain est réalisé par des animateurs rémunérés, encadrés par des " Ingénieurs Coup de Pouce ".

Financement

La FEE

La Fondation de l'Ecole Efficace (FEE) prend en charge l'ingénierie du projet (rémunération des " Ingénieurs Coup de Pouce Clé ", frais de fonctionnement), sous l'égide et le contrôle de la Fondation de France. L'un des éléments du projet, qui serait sous la responsabilité des Clubs participants, consiste à convaincre mécènes, sponsors et investisseurs divers de contribuer au financement de cette Fondation.

Les collectivités locales

Les municipalités rémunèrent les animateurs et les personnels de gestion locale (un coordinateur par école et un ou plusieurs pilotes par ville).

Le coût annuel

Il comprend deux postes :

  • 500 F par enfant pour la FEE,
  • 5 000 F par enfant pour la collectivité locale.
L'apfEE

L'association pour favoriser une école efficace (apfEE), régie par la loi de 1901, gère le projet " Coup de Pouce Clé ". Elle signe les conventions avec les municipalités, recrute et forme les " ingénieurs Coup de Pouce Clé ", contrôle leur activité, établit le bilan annuel des opérations et contrôle les dépenses.

En pratique…

Les animateurs assurent des prestations de 1h1/2 par jour d'école pour 5 enfants, suivant une méthode stricte. Ils se concertent avec les enseignants pour le suivi des enfants et font participer les parents suivant des règles définies au contrat signé en Mairie.

Les enfants sont sélectionnés par les maîtres en début d'année de CP en fonction des difficultés qu'ils rencontrent pour l'apprentissage de la lecture et de l'écriture.

Un premier bilan

5 000 enfants ont bénéficié de l'opération " Coup de Pouce Clé " depuis 1989, dont 1 000 pour l'année scolaire 1998/1999. Plus de 75% d'entre eux ont échappé aux difficultés qu'ils avaient rencontrées. Vingt-huit villes sont aujourd'hui concernées, dont cinq en Belgique et deux en Italie.

La double mission des Clubs Rotary

  • Contribuer à la création d'un mécénat éducatif national, à l'image des Clubs de Lyon, en étant représentés dans une ou plusieurs des cinq commissions de travail mises en place par ceux-ci, en démarchant des personnes physiques ou morales susceptibles d'apporter des fonds à la FEE. Ils disposeront pour ces démarches des outils conçus par les commissions de travail.
  • Agir auprès des municipalités pour les inciter à créer des classes " Coup de Pouce Clé " dans les CP relevant de leur responsabilité.

Un livret plus détaillé établi par les Clubs de Lyon peut être obtenu en s'adressant au District 1770 du Rotary International.

 

Quelques informations complémentaires…

Organismes

  • apfEE : Tél 04.78.26.92.40 - Fax : 04.72.15.02.71
  • FEE : BP 54 - 69672 BRON Cedex - Tél : 04.78.29.40.44
  • GPLI (Groupe Permanent de Lutte contre l'Illettrisme)
    9, rue Georges Pitard - 75015 PARIS
  • Fonds d'Action Sociale (pour le français, langue étrangère)
    211, rue de Bercy - 75012 PARIS

Livres

  • L'Illettrisme en toutes lettres, ouvrage collectif, France Culture, Flohic Editions
  • De l'Illettrisme en général et de l'école en particulier, de A. Bentolila, Plon, 1996
  • Comment l'enfant devient lecteur, de G. Chauveau, Retz, 1997.
  • Vaincre l'Illettrisme, de C. Fondet, science et Service Quart-Monde.

 



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